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10 octobre 2015 6 10 /10 /octobre /2015 16:39
SAOULA

 

Il s'appelait Saoula le village de mon enfance au soleil !…

Là-bas… il y avait mes amis de la prime jeunesse, ceux chez qui je partageais souvent un goûter le jeudi après-midi, et que j'allais chercher tous les jours jusqu'au bout du village, pour parcourir le chemin de l'école, juste en face de la grande église blanche aux murs nacrés, où je passais de longs moments à regarder la statue de la Vierge Marie, les mains jointes, parée de sa large ceinture bleue nouée autour de la taille, et à admirer la sculpture des roses posées sur les doigts fins de ses pieds.

Son visage souriait avec bienveillance malgré les stations du chemin de croix qui entouraient l'église où son fils était humilié et martyrisé. Ça me rendait triste pour elle… et pour lui. Chaque année je redoutais cette messe du vendredi saint, où j'étais obligée de supporter cette violence injuste et barbare…

Souvent, à la sortie des classes, nous allions visiter la grande épicerie des "Mozabites" travailleurs infatigables qui s'affairaient devant leurs étales à ranger des milliers de produits divers, odorants et colorés… pour y acheter des réglisses ou des coquillages remplis de caramel sucré à souhait… que nous gardions dans notre cartable toute la journée.

Le dimanche après la messe… avant de rentrer chez moi, j'allais comme on va en pèlerinage… avec ma pièce de dix francs dans la poche, chercher un feuilleté aux poivrons tomates, dans un bistrot qui faisait dépôt de pain juste à la sortie du village. La propriétaire savait que je viendrais et gardait pour moi dans l'arrière salle, ce précieux met qu'elle avait commandé. Je me souviens encore du petit sachet en papier fin que j'ouvrais délicatement et du goût incomparable de ce régal que je savourais sur le chemin qui me ramenait à la maison.

De l'autre côté d'un pont, face au bistrot routier, il y avait un chemin qui menait vers l'atelier ouvert d'un forgeron, tout près d'un affluent de l'oued Kerma. Et là… tout en contrebas de la forge, j'avais construit "mon" refuge secret au bord de la rive, dans un recoin caché, où j'avais planté des roseaux dans la terre ocre et humide, pour me faire une cabane. Je m'y rendais souvent après la classe, pour vérifier si rien n'avait bougé.

Dans ce lieu hors du temps… je me sentais vraiment chez moi. Personne ne connaissait ce secret hormis le forgeron qui me voyait passer sur ce chemin peu fréquenté. j'étais certainement inconsciente de séjourner seule au bord de l'oued, mais la proximité de la forge me rassurait…

Mon village aux terres fertiles de la Wilaya d'Alger, je le connaissais par coeur et son doux souvenir ne me quitte jamais…

il se nommait Saoula le village de mon enfance… C'était un joli nom.

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  • : Pendant que le monde va à sa destinée… moi je reste là… sous les arbres avec mes musiques et mes souvenirs… parfois révoltée, parfois apaisée… mais vivante. © Gabrielle.Ségui - Textes non libres de droits- aout 2011
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