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2 novembre 2015 1 02 /11 /novembre /2015 11:18
De L'Autre Côté du Bleu © Gabrielle.Ségui

De L'Autre Côté du Bleu © Gabrielle.Ségui

souslesarbres
29 octobre 2015 4 29 /10 /octobre /2015 09:56

La voix D'Anna Akmatova. Un chagrin d'amour de 1912. L'abandon est ce tremblement de terre que la bête du coeur devine avant qu'il arrive. Un poème est le maximum de sensibilité qu'un homme ou une femme puisse connaître. Un rien de plus et les poumons du langage éclatent, comme ceux des plongeurs qui remontent trop vite du fond de l'océan.

Christian Bobin "Noireclaire"

Ce poète chinois du quatrième siècle me parle comme s'il venait de me croiser au bureau de tabac. Je vais dans les rues de Paris, ce chinois à ma gauche, toi à ma droite. Nous marchons de front à travers les épaisseurs du temps. Rien de plus heureux que de penser à ceux qui ne sont plus : ils reviennent par cette pensée et c'est comme si on gagnait un bras de fer avec la mort, éprouvant la douceur d'être momentanément vainqueur des ténèbres. Le sourire à mes lèvres, c'est ton sourire. Le ciel contre mes joues, c'est le ciel du quatrième siècle, frais du jour.

Christian Bobin "Noireclaire"

souslesarbres
20 octobre 2015 2 20 /10 /octobre /2015 16:21

Toutes les décennies, un matelassier venait passer une journée dans notre propriété de Saoula pour rénover la literie de chacune de nos familles. La vie de ce petit village étant plutôt pauvre en animation, ma grand mère Jeanne qui en était l'organisatrice, avait choisi un jour de vacances scolaires afin que ses petits-enfants puissent profiter de ce moment instructif et festif.

Le matelassier était arrivé tôt le matin avec son fourgon qu'il avait déchargé dans la grande cour derrière notre maison. Sans tarder il avait commencé son travail en installant le batteur, la machine à carder, et une table à tréteaux pour poser les matelas. La cour en contrebas du jardin se transformait alors en un vaste atelier où nous devenions un peu ses aides, car l'artisan travaillait seul.

Pour rien au monde je n'aurais manqué l'arrivée du premier matelas qui s'était aussitôt vidé de sa laine durcie par les années. Puis les flocons passaient dans le batteur qui aussitôt libérait les nuages de poussière qui nous éloignaient de la machine et nous amusait beaucoup…

Ce que j'aimais particulièrement, c'était la transformation des petites boules de laine compactes qui devenaient aussi légères que des nuages avant la pluie…

Puis la nouvelle toile choisie par la maitresse de maison était installée sur la grande table pour le travail de couture et de finition. La grosse aiguille d'acier s'enfonçait sans pitié dans le tissus aux larges rayures écrues pour faire renaître le nouveau matelas qui prenait forme petit à petit…

Magnifique travail de patience et d'adresse qui m'a certainement donné l'envie de créer de mes mains tout au long de ma vie…

Pendant la journée, ma grand-mère une petite femme très tonique allait et venait de chez elle, pour veiller à ce que le matelassier ne manque de rien. Elle lui amenait souvent de quoi boire et un repas vers midi, qu'elle précisait sans porc, car cet l'artisan déjà connu de mes arrières grands-parents était d'origine algérienne. J'avais à peine une dizaine d'années, mais je me souviens très bien d'un homme dans l'âge, fort sympathique avec des manières raffinées. Je l'entends encore faire rougir ma grand mère pendant la pose café en blaguant à propos d'elle et de ses trois autres soeurs encore adolescentes… : « C'est bien connu madame Ségui !… les filles Ruitort étaient des plus jolies de Saoula !…»

Et puis le travail continuait dans la bonne humeur jusqu'en fin d'après-midi, où les nouveaux matelas avaient tous rejoint leur chambres respectives…

Aujourd'hui le matelassier doit reposer en paix sous la terre de notre beau pays… et j'ai une pensée pour ma grand mère et pour lui.

souslesarbres
19 octobre 2015 1 19 /10 /octobre /2015 09:46

Et d'abandons en abandons...

le coeur ne joue plus qu'un rôle de figurant

il se transforme lentement en cendres glacées

souslesarbres
19 octobre 2015 1 19 /10 /octobre /2015 09:40

À mon réveil, je ne me souvenais plus de mon rêve…

je l'ai cherché longtemps dans la journée

mais je l'avais complètement oublié

Peu-être reviendra-t-il un jour

me raconter sa belle histoire de rêve perdu

souslesarbres
13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 22:31
La Baie D'Alger été 61 © Françoise Ségui

La Baie D'Alger été 61 © Françoise Ségui

Mon père qui n'a jamais eu peur de rien ni de personne dans sa vie, avait décidé un jour d'été… de nous emmener à bord de son canot de pêche, pour surprendre la famille de ma mère jusqu'aux plages de Guyotville, à plus de quarante kilomètres de Verte-Rive où nous avions notre maison de vacances.

Ce dimanche matin, la mer était calme, et aucune perturbation n'était annoncée pour la suite de la journée. Mon père avait l'habitude de la navigation dans cette baie qu'il connaissait depuis l'enfance, et le bateau en bois d'acajou aussi beau que fiable avait été construit par mon oncle Jean Lonzarich, un talentueux charpentier de marine apprécié et reconnu.

Après un départ euphorique et joyeux, mon père à la barre… ma mère, mon frère et moi installés au centre du bateau, la houle avait soudainement commencé à grossir à l'approche des côtes d'Alger, et des vagues de trois mètres de haut balançaient l'embarcation qui semblait de plus en plus petite à côté d'un navire qui croisait près de nous. Bien sûr nous étions bon nageurs, mais totalement apeurés et figés par cette épisode inattendu. Mon père qui se sentait un peu responsable se faisait discret et ma mère beaucoup moins...

À la suite d'une vingtaine de minutes interminables… et aussitôt après avoir contourné les rochers de la Pointe-Pescade, la navigation vers Guyotville s'était faite de plus en plus calme et notre euphorie revenait à bord du bateau…

Le voyage avait continué le long de la côte jusqu'à La Madrague "le Saint Tropez algérois" et nous étions enfin arrivés sur une immense plage de sable blond, sauvage et déserte, ceinturée par de larges dunes, où ma famille avait l'habitude de passer de belles journées.

Notre arrivée surprise à l'heure du repas devant la plage avait reçu un accueil triomphant… et nous nous sentions comme de grands aventuriers qui venaient d'accomplir un exploit…

Une grande bâche qui servait de tente était dressée comme toujours au bord de l'eau, et sur des tréteaux, s'étalaient des salades, des pizzas et toute sorte de nourritures généreuses et appétissantes…

La suite de cette traversée mémorable s'était poursuivie dans le calme et la beauté de cette journée ensoleillée... à nous baigner et à marcher longtemps sur la plage les pieds dans l'eau.

Le soir venu, nous avions décidé de ne pas renouveler l'aventure pour le retour, et nous sommes rentrés sagement en voiture, raccompagnés par la famille guyotvilloise, le bateau suivant sur une remorque.

"Le bonheur des français dAlgérie passait toujours par la mer… qui n'en finissait pas de nous aimer et de nous enfanter."

souslesarbres
10 octobre 2015 6 10 /10 /octobre /2015 16:39
SAOULA

Il s'appelait Saoula le village de mon enfance au soleil !…

Là-bas… il y avait mes amis de la prime jeunesse, ceux chez qui je partageais souvent un goûter le jeudi après-midi, et que j'allais chercher tous les jours jusqu'au bout du village, pour parcourir le chemin de l'école, juste en face de la grande église blanche aux murs nacrés, où je passais de longs moments à regarder la statue de la Vierge Marie, les mains jointes, parée de sa large ceinture bleue nouée autour de la taille, et à admirer la sculpture des roses posées sur les doigts fins de ses pieds.

Son visage souriait avec bienveillance malgré les stations du chemin de croix qui entouraient l'église où son fils était humilié et martyrisé. Ça me rendait triste pour elle… et pour lui. Chaque année je redoutais cette messe du vendredi saint, où j'étais obligée de supporter cette violence injuste et barbare…

Souvent, à la sortie des classes, nous allions visiter la grande épicerie des "Mozabites" travailleurs infatigables qui s'affairaient devant leurs étales à ranger des milliers de produits divers, odorants et colorés… pour y acheter des réglisses ou des coquillages remplis de caramel sucré à souhait… que nous gardions dans notre cartable toute la journée.

Le dimanche après la messe… avant de rentrer chez moi, j'allais comme on va en pèlerinage… avec ma pièce de dix francs dans la poche, chercher un feuilleté aux poivrons tomates, dans un bistrot qui faisait dépôt de pain juste à la sortie du village. La propriétaire savait que je viendrais et gardait pour moi dans l'arrière salle, ce précieux met qu'elle avait commandé. Je me souviens encore du petit sachet en papier fin que j'ouvrais délicatement et du goût incomparable de ce régal que je savourais sur le chemin qui me ramenait à la maison.

De l'autre côté d'un pont, face au bistrot routier, il y avait un chemin qui menait vers l'atelier ouvert d'un forgeron, tout près d'un affluent de l'oued Kerma. Et là… tout en contrebas de la forge, j'avais construit "mon" refuge secret au bord de la rive, dans un recoin caché, où j'avais planté des roseaux dans la terre ocre et humide, pour me faire une cabane. Je m'y rendais souvent après la classe, pour vérifier si rien n'avait bougé.

Dans ce lieu hors du temps… je me sentais vraiment chez moi. Personne ne connaissait ce secret hormis le forgeron qui me voyait passer sur ce chemin peu fréquenté. j'étais certainement inconsciente de séjourner seule au bord de l'oued, mais la proximité de la forge me rassurait…

Mon village aux terres fertiles de la Wilaya d'Alger, je le connaissais par coeur et son doux souvenir ne me quitte jamais…

il se nommait Saoula le village de mon enfance… C'était un joli nom.

souslesarbres
9 octobre 2015 5 09 /10 /octobre /2015 15:41
UN MATIN DU MONDE...

Un matin du monde… vous regardez vos parents fermer "symboliquement" la porte de votre maison à clé, en sachant très bien que vous ne reviendrez jamais dans ce lieu chaleureux qui vous a vu naître…

Vous le savez parce que depuis quelques mois, beaucoup de vos amis et d'autres membres de votre famille sont déjà partis en laissant leur meubles et leur vie derrière eux…

Mais ce jour-là… entassés sur le port de la ville blanche écrasée de soleil, vous n'y croyez pas vraiment… vous êtes comme anesthésiés… vous suivez… vous fuyez la peur au ventre avec le grand chien en laisse qui ne comprend pas non plus où il va… mais qui est tout heureux d'être avec vous…

Dans la file interminable, vous avez tout le temps de regardez le visage des femmes aux yeux mouillés… et celui des hommes graves et hagards qui regardent longtemps la ville blanche s'éloigner... jusqu'à ce qu'elle disparaisse derrière l'écume immaculée du sillage.

Ce matin là… Vous allez embarquer vers l'inconnu… entassés dans les cales d'un bateau surchargé et silencieux… les places en cabines ayant étés déjà réservées depuis longtemps…

Ce matin de votre adolescence… vous ignorez que plus jamais vous n'entendrez plus la prière du soir, qui résonnait depuis la casbah tout en haut de votre village, et vous ne comprenez pas encore que plus jamais vous ne pourrez respirer cette brise légère et tiède qui vous accompagnait partout où vous alliez…

Sur l'esplanade brûlante de cette scène tragique, vous ne savez pas que l'exil est comme un champignon qui se multiplie sur chaque partie du corps et qui vous comprime le cerveau jusqu'à en perdre la raison.

souslesarbres
5 octobre 2015 1 05 /10 /octobre /2015 06:13
PLEURER L'ALGÉRIE…

Chacun sait que tous les exilés pleurent le pays auquel ils ont été arrachés.

Même si ce pays qu'ils regrettent tant se trouvait sur des terres arides… froides, sans couleurs et sans relief.

Mais pleurer l'Algérie ce n'est pas pleurer pour rien…

Pleurer ce ruban du nord de l'Afrique qui osait se marier avec le sud de cette Méditerranée si tiède… si bleue...

Pleurer cette côte sans fin… qui imposait insolante et sans retenue son immense désert jusqu'au coeur de l'Afrique...

Regretter ce pays où le climat offrait à sa terre fertile les meilleurs fruits gorgés de sucre et de soleil…

Pleurer l'Algérie, c'est pleurer le silence et la mer calme du matin quand le sirocco faisait encore la grâce matinée avant de se réveiller pour sa danse nacrée de l'après-midi.

Pleurer L'Algérie… ce n'est pas pleurer pour rien...

souslesarbres
3 octobre 2015 6 03 /10 /octobre /2015 12:12
ALGER...

Avant chaque changement de saison, j'accompagnais ma mère au centre d'Alger, pour faire les magasins, car cette dernière était très coquette, et cousait beaucoup, pour rester à la pointe de la mode. Et pour moi qui vivait dans un village de trois cent habitants, "descendre à Alger" était toujours un moment extraordinaire…

Le rituel d'arrivée était souvent d'aller chercher une de mes tantes qui habitait dans un grand appartement en étage, entouré de balcons qui donnaient sur un square vers les premières hauteurs de la ville.

Cet appartement représentait pour moi un mode de vie étonnant… et j'oserais même dire que je me sentais comme dans un autre monde… ou dans un film...

Nous commencions joyeusement notre après-midi par la rue D'Isly, une des deux des plus grandes artères commerçantes de la ville. L'étape incontournable était de se rendre en tout premier dans le magasin de tissus qui donnait sur la place du même nom, où ma mère choisissait les motifs de la dernière tendance pour ses nouvelles toilettes.

Et là, c'était un peu comme si nous rendions visite à quelqu'un de notre famille… chacun donnait son avis sur la qualité du tissu et parlait de tout et de rien dans une atmosphère très gaie et détendue, car depuis des années, il était hors de question d'acheter les tissus dans une autre boutique que "chez Rolene".

Quand ma mère et ses soeurs disaient : on va voir chez Rolene ! c'était comme si elle allait à la recherche de trésors…

Pendant ce temps long mais néanmoins plaisant, j'attendais assise sagement sur un des grands comptoirs du magasin, alors que le vendeur déroulait ses lourds rouleaux de tissus colorés qu'il venait de recevoir de France… (référence ultime du chic à Alger à cette époque !…)

J'adorais voir tous ces tissus que je trouvais plus beaux les uns que les autres… même si à force de rester longtemps dans ce lieu clos, j'avais toujours les yeux qui piquaient à cause des émanations de fibres.

Et souvent… ce commerçant intarissable sur le tissu... coupait "large" pour que je puisse avoir un vêtement assorti à celui de ma mère… Puis nous continuions notre après-midi à chercher les chaussures, le sac et les gants qui s'accommoderaient parfaitement à la couleur de la robe ou du manteau à venir…

La semaine qui précédait les vacances d'été, nous allions plus haut dans la rue Michelet, pour y choisir les maillots dans une boutique où la collection du "must" des marques de Paris s'offrait sur les élégants mannequins en papier mâché installés dans la vitrine.

Et avant l'heure du couvre feu, inconscientes des dangers que nous courrions sur la route... la voiture chargée de paquets, nous retrouvions le calme de notre petit village qui lui n'avait seulement qu'une pharmacie, une boucherie et trois épiceries. La vie dans mon village était à l'opposé de celle d'Alger, qui fût une des plus grande et plus belle métropole française…

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  • : Pendant que le monde va à sa destinée… moi je reste là… sous les arbres avec mes musiques et mes souvenirs… parfois révoltée, parfois apaisée… mais vivante. © Gabrielle.Ségui - Textes non libres de droits- aout 2011
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