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26 septembre 2015 6 26 /09 /septembre /2015 15:18
Le Rendez-Vous…

À Saoula, notre village de l'autre côté du bleu... ma grand-mère paternelle Jeanne m'invitait souvent le jeudi après-midi, à l'accompagner au cimetière qui se trouvait à plus d'un kilomètre de notre maison.

C'était un rendez-vous avec son époux disparu lorsque je n'étais encore qu'un bébé… Ce grand-père que je n'avais pas vraiment connu était un homme grave et protecteur, à la stature imposante et au regard bleu… Il fut son seul amour, dont le souvenir l'accompagna jusqu'à son dernier souffle. Son portrait n'ayant jamais quitté la table de chevet de sa chambre, ce visage très masculin au regard franc m'était devenu familier… et nous ses petits-enfants, nous vivions aussi avec son souvenir et ce portrait à qui elle offrait une fleur chaque matin…

Ces jours là, nous partions tôt l'après-midi sur la petite route calme et boisée qui longeait les vignobles… et ma grand-mère, chapeautée d'une capeline de paille ornée d'un bouquet de cerises, prenait toujours soin d'emmener dans son panier un bouquet de fleurs, quelques goûters et de quoi nous désaltérer pendant le trajet.

Et comme si c'était hier, je me souviens toujours qu'à mi-chemin, il y avait la grande entrée d'une propriété, avec son chemin sombre bordé d'arbres majestueux qui arrivaient jusqu'à une bâtisse cossue et cachée, que l'on devinait à peine… c'était mystérieux et j'aimais cette sensation… cette maison isolée où je rêvais d'habiter enfant me revient souvent en mémoire...

La première fois où j'ai accompagné ma grand-mère vers son rendez-vous… j'avais une certaine appréhension en pensant à ce lieu qui était synonyme de Mort. Avec la naïveté de ma prime jeunesse, je lui avais posé quelques questions à ce sujet, et elle m'avait répondu que je n'avais aucune inquiétude à avoir, car moi, sa première petite fille, j'étais une rose, et que les roses ne meurent jamais… convaincue par cette affirmation à laquelle je croyais religieusement… je n'avais plus jamais eu peur des cimetières, bien au contraire.

Pendant que cette femme inconsolable et dévouée installait le nouveau bouquet en prenant soin de la tombe de marbre gris, j'adorais me promener seule parmi les allées boisées et les petites chapelles du cimetière silencieux. J'avais l'impression que ceux qui n'étaient plus... se réjouissaient de ce mouvement autour de leur repos…

Et puis nous refermions la grille de fer forgé un peu triste de laisser la tombe désertée… et nous repartions vers le village, heureuses malgré tout, d'imaginer que mon grand-père se sentait toujours aimé...

Aujourd'hui le cimetière ne reçoit plus de visiteurs… mais pour moi, il reste présent dans le souvenir de ces rendez-vous d'un amour...

souslesarbres
23 septembre 2015 3 23 /09 /septembre /2015 06:45
Guyotville

Guyotville, c'est là où je suis née… à deux pas de la mer… juste devant le grand lavoir de l'époque romaine, entre la maison familiale et les rochers…

C'était mes grands-parents maternels qui vivaient dans cette petite ville "pimpante" à l'ouest d'Alger, où très souvent nous allions passer la journée du dimanche en famille…

D'origine italienne, mes grands-parents avaient une fabrique de pâtes alimentaires derrière leur maison qui commençait de la mer en montant jusqu'à la rue principale de la petite ville. C'était un bloc de pièces en enfilade où nous aimions jouer en nous cachant autour du grand pétrin de marbre, ou entre les tréteaux de toile de jute, dans les salles où séchaient des pâtes de toutes les formes, en attendant d'être empaquetées…

Plus bas dans la cuisine, ma mère et ses soeurs se racontaient et se racontaient... tout en découpant des carrés de pizza aux anchois que ma grand mère avait préparée tôt le matin, et fait cuire dans le four de la boulangerie de la grand rue…

Heureuses de se retrouver, les trois soeurs goûtaient l'incontournable et traditionnelle sauce bolognaise que tout le monde attentait avec impatience tellement elle était délicieuse… pâtes fraîches descendues directement de la fabrique juste à côté : qui pouvait rêver mieux !…

Ma grand-mère était une femme qui nourrissait… Tous ceux qui franchissaient sa porte trouvaient de quoi faire un festin à toute heure de la journée. Rien ne manquait… ma grand-mère voulait qu'on mange…

Contrairement à la famille de mon père qui était plus réservée… "les italiens" eux parlaient plus fort, et la gaité était de mise et régnait en maître. Alors à l'heure de s'installer autour de la grande table où chacun avait sa place habituelle, le brouhaha se faisait de plus en plus dense, et les visages plus souriants…

Et comme dans les films de la Cinécittà, l'arrivée du grand plat fumant sur la table provoquait des exclamations et des applaudissements… c'était la fête… la grande fête de la simplicité… celle de ma jeunesse… celle qui ne reviendra jamais.

Souvent… à la fin du repas, quelqu'un s'écriait : une chanson !… et je montais volontiers au centre de la grande table pour chanter "Comme Prima" en roulant les "R" comme Dalida… sous les bravos unanimes et généreux de la famille. Je n'étais qu'une enfant... je rêvais de Lumière !...

Quelle gaité ces dimanches à Guyotville ! Quelle harmonie magnifique s'était avant que le grand déluge nous ait tous séparé... aussi bien physiquement qu'affectivement…

Quels Merveilleux souvenirs !… mon enfance de l'autre Côté du bleu…

souslesarbres
8 septembre 2015 2 08 /09 /septembre /2015 16:22
souslesarbres
14 août 2015 5 14 /08 /août /2015 16:58
Les Ombres...

J'aime observer les ombres…

parce qu'elles racontent la deuxième histoire

celle oubliée que personne ne regarde

celle plus légère et qu'on peut piétiner...

celle qui s'éloigne en douceur pour suivre le soleil

celle de l'éphémère… du silence…

J'aime ces ombres légères

qui ne vivent que par la Lumière...

souslesarbres
3 août 2015 1 03 /08 /août /2015 12:32
Et le poète Parlait du Rien… du Tout

La solitude

je l'aime comme une femme

ou peut-être un plus qu'une femme

Je l'aime comme une mère

aime son enfant

perdu au milieu de tous les autres

du même âge du même rire

dans la cour de l'école

Comme elle comme cette mère

je ne reconnais pas tout de suite

ma solitude

Elle est tellement semblable à tout

tellement cachée dans tout

indiscernable

comme l'oiseau dans le feuillage

comme le chagrin dedans le rire

Ma solitude est partout dans le monde

bien avant d'être en moi

elle est dans cet homme qui passe avec son chien

elle est cet homme elle est ce chien

Elle est dans le chant de la pluie contre la vitre

Elle est ce chant elle est cette pluie elle est cette vitre

Elle est dans ce linge sur un fil tout au fond du jardin

cette lumineuse ondulation d'un drap blanc sur un ciel bleu

elle est ce fil elle est ce drap elle est ce ciel

Ma solitude je la reconnais vraiment

que lorsqu'elle vient vers moi

se jeter dans mes bras me raconter rieuse

ce quelle a fait dans la journée

qui elle a vu qui l'a blessée

Christian Bobin "La Vie Passante"
souslesarbres
22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 21:38

Installée devant le grand écran de l'infini…

j'ai regardé le croissant lumineux qui se couvrait

de lourds nuages noirs... et s'effaçaient en courant

pour laisser place à la lumière...

J'ai regardé longtemps ce phare de l'infini

qui se cachait à nouveau...

derrière des vapeurs plus légères et plus claires

comme pour se dévêtir encore une fois...

Dans le silence d'avant la nuit...

j'ai contemplé longtemps la danse des nuages

devant le croissant de lune doré

sur l'immense écran de l'infini…

souslesarbres
11 juillet 2015 6 11 /07 /juillet /2015 19:03
Les rêves Dans le Ruisseau…

Il ne faut pas briser les rêves des petites filles...

ni jeter leur poupée de papier mâché dans le lit du ruisseau

Il ne faut pas leur raconter que le vilain sorcier n'existe que dans les contes de fées

et que le prince charmant ne dirige ses flèches que pour vaincre l'ennemi...

Ce n'est pas bien de briser les rêves des petites filles

et d'arracher les grands yeux d'Agathe de leur poupée

souslesarbres
6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 07:00

Il n'est pas bon d'être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ca vous donne de mauvaises habitudes. On croit que c'est arrivé. On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver. On compte là-dessus. On regarde, on espère, on attend. Avec l'amour maternel, la vie vous fait à l'aube une promesse qu'elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu'à la fin de ses jours. Après cela, chaque fois qu’une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur, ce ne sont plus que des condoléances. On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. Jamais plus, jamais plus, jamais plus. Des bras adorables se referment autour de votre cou et des lèvres très douces vous parlent d'amour, mais vous êtes au courant. Vous êtes passé à la source très tôt et vous avez tout bu. Lorsque la soif vous reprend, vous avez beau vous jeter de tous côtés, il n'y a plus de puits, il n'y a que des mirages. Vous avez fait, dès la première lueur de l'aube, une étude très serrée de l'amour et vous avez sur vous de la documentation. Partout où vous allez, vous portez en vous le poison des comparaisons et vous passez votre temps à attendre ce que vous avez déjà reçu.

Romain Gary "La promesse de l'aube"

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souslesarbres
4 juillet 2015 6 04 /07 /juillet /2015 13:52

"Lorsque l'enfant paraît…" le cercle des familles s'interroge, et tous n'applaudissent pas…

Certains sont heureux, d'autres étonnés… d'autres plutôt contents, et ceux qui pensent ne pas être concernés s'indignent et partent en guerre contre l'enfant et sa mère.

Cette famille de pacotille renie l'Enfant comme ne pouvant pas "être des leurs" et rejette Son histoire comme s'il était le résultat d'un traquenard organisé pour essayer de leur voler une part de leur assiette froide.

Mais l'enfant lui résiste… il grandit entouré d'amour plus qu'il ne lui en faut, et fait l'admiration de ses maîtres d'école et de ses copains de classe…

La mère elle, fait comme si elle n'entendait pas les critiques qui se racontent derrière des sourires hypocrites… ( il est vrai que ce n'est pas digne de nos civilisations judéo chrétiennes qu'un enfant porte le nom de sa mère…)

Mais elle s'en moque la jeune femme seule contre tous… quand elle entend les chuchotement des "bonnes âmes" affirmer qu'un enfant "sans le père" est irrémédiablement perdu et voué à l'échec.

Mais la mère s'en fiche et l'enfant sourit… il chante avec la vie… et le grand père et la mère le regardent sourire et chanter comme on regarde un spectacle Divin…

Et l'enfant s'épanouit… grandit et grandit encore, jusqu'à ce que la vie lui offre enfin ce qu'il a construit par son travail, son courage et sa détermination.

Plus d'insinuations… d'humiliations… plus personne n'a plus rien à dire. Ils ont tous perdu ceux qui voulaient enfoncer les clous dans une montagne d'Amour qui a fini par les ensevelir.

" Lorsque l'enfant paraît "
souslesarbres
24 juin 2015 3 24 /06 /juin /2015 06:53
Couleurs du soir…

Il y a des soirs ou le ciel exulte…

Tant pis pour ceux qui ne lèvent pas les yeux

souslesarbres

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  • : Pendant que le monde va à sa destinée… moi je reste là… sous les arbres avec mes musiques et mes souvenirs… parfois révoltée, parfois apaisée… mais vivante. © Gabrielle.Ségui - Textes non libres de droits- aout 2011
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